l’OEUVRE DE LA SEMAINE : « Judith décapitant Holopherne » Artemisia Gentileschi

L’OEUVRE DE LA SEMAINE : « Judith décapitant Holopherne » Artémisia Gentileschi

Pour cette deuxième semaine du mois de septembre, c’est une histoire bien plus dramatique et poignante dont nous allons parler. A travers l’analyse du célèbre tableau « Judith décapitant Holopherne », réalisé par Artémisia Gentileschi, nous découvrirons l’histoire sombre d’une femme forte et ambitieuse …

Judith décapitant Holopherne, Artemisia Gentileschi (rivagedeboheme.fr)

Artemisia Gentileschi est la fille du peintre italien de style caravagesque, Orazio Gentileschi. Dans une époque où seules les filles d’artistes pouvaient apprendre à peindre, Artemisia saisi l’opportunité d’avoir un père artiste. Elle est aujourd’hui une des artistes féminines les plus influentes de son époque. Elle hérita de son père la rigueur et la précision du style caravagesque, en y ajoutant un côté plus dramatique. Artémisia était une adepte des autoportraits et se mettait souvent en scène dans la représentation de personnages de livres bibliques. C’est notamment le cas avec sa célèbre œuvre « Judith décapitant Holopherne ».

Mais qui sont Judith et Holopherne ?

Pour la petite histoire, ces deux personnages sont issus du livre biblique « Le livre de Judith ». Judith était la veuve d’un riche citoyen juif de Béthulie (ville de l’ancienne Palestine), en Judée. Belle, jeune et pieuse, on ne la pensait pas capable du moindre crime. Holopherne était le général des armées sous le règne de l’empereur de Ninive, Nabuchodonosor II.

C’est durant la 18ème année du règne de ce dernier, que Judith commit l’irréparable, le péché ultime du meurtre. En effet, Nabuchodonosor, avait confié la mission à Holopherne de châtier tous les pays, dont la Judée, refusant de l’aider dans sa lutte contre le roi d’Ectabane. Ce dernier s’exécuta et parti, accompagné de son armée, pour assiéger les pays visés. Très vite, les assyriens assiégèrent la ville de Béthulie où les israélites s’étaient réfugiés.

Tentant tant bien que mal de résister aux tortures et menaces de l’ennemi, la famine commençait à peser sur les habitants de la ville qui ne tardaient pas à se rendre. C’est là que Judith, avec l’accord des chefs de la ville, décida de se rendre au camp de l’ennemi, accompagnée de sa servante, afin de libérer Béthulie. Après plusieurs prières, elle retira ses vêtements de deuil et choisit ses plus beaux habits avant de quitter la ville.

Le 4ème jour de sa présence sur le camp, Judith profite d’un festin organisé par Holopherne dans sa tente, pour passer à l’action. Sous son charme, il demanda à ses hommes de quitter les lieux pour se retrouver seule avec la belle Judith. Mais totalement ivre, il s’effondra sur son lit. Voyant là le moment opportun pour accomplir sa mission, la jeune femme s’empara de l’arme du général, saisi sa tête par les cheveux et, en deux coups d’épée, décapita sa tête.

C’est en véritable héroïne qu’elle revint dans sa ville, brandissant fièrement la tête d’Holopherne. Afin d’effrayer son armée, elle fut suspendu aux remparts de la ville, ce qui fit fuir les assyriens.

L’histoire dramatique d’Artemisia

Artémisia Gentileschi (artnewspaper.fr)

Ainsi, l’œuvre d’Artémisia est donc la représentation de la puissante scène de décapitation d’Holopherne. L’image de deux femmes fortes réussissant à venir à bout d’un homme, est à l’époque une vision révolutionnaire. Nous pouvions penser que l’œuvre était un message dans lequel l’artiste manifeste sa rage devant ces hommes artistes ne reconnaissant pas son talent. Mais nous pouvons aussi réaliser une interprétation plus profonde que cela …

 En effet, c’est à 18 ans qu’Artémisia prend ses premiers cours de peinture avec Agostino Tassi, choisi par son père. Malheureusement ses leçons tournent au cauchemar pour la jeune fille, qui se fait agresser sexuellement par son professeur. Déjà accusé de viol précédemment, il répond de ses actes devant le tribunal qui le condamne à l’exil pendant 5 ans. Cependant, la jeune femme vit des moments extrêmement traumatisant durant ce procès. Elle subit un examen gynécologique douloureux et humiliant, ainsi que des « sibili » afin de vérifier la véracité de ses accusations. Cette pratique, consiste à mettre une corde autour des doigts de la personne puis serrer, au risque de briser ses os.

La majorité des œuvres qui suivront cette affaire refléteront la souffrance et l’humiliation vécue par Artémisia. Cependant « Judith décapitant Holopherne » se démarque davantage de par sa violence et la haine marquée sur le visage des deux femmes en plein homicide. De plus, on remarque une forte ressemblance entre la représentation de Judith et Artémisia, mais aussi entre celle d’Holopherne et l’agresseur de la jeune artiste. Nous pouvons donc comprendre que cette peinture est un manifeste de toute la haine et le désir de vengeance de la jeune femme envers celui qui a détruit sa jeunesse.

Artémisia est aujourd’hui un symbole de la femme forte de par sa force, son talent et sa détermination.

Découvrez l’œuvre de la semaine précédente : « L’homme blessé » de Gustave Courbet

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